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Georgia Tech Lorraine invente le capteur souple

Abdallah Ougazzaden, directeur de Georgia Tech Metz, co-président de l’Institut Lafayette, a révélé hier la teneur de ses travaux, qui pourraient révolutionner le monde de l’électronique. Photo Pascal BROCARD

Une nouvelle génération de composants est née. Une première mondiale 100 % développée à Georgia Tech Metz et son Institut Lafayette. Des capteurs souples qui pourraient révolutionner les objets de demain.

Un composant souple, tel un film plastique avec des performances décuplées : plus rapide, plus sensible, intégrable dans n’importe quel matériau. Voilà plusieurs années déjà que le monde de l’informatique et de l’électronique s’attend à une révolution dans ce domaine. Voilà qu’elle émane du laboratoire UMI-CNRS Georgia Tech à Metz, dirigé par le Pr Abdallah Ougazzaden.

Une première mondiale. « Nous sommes les premiers au monde à faire la démonstration grande taille de ce procédé désormais industrialisable », déclare le spécialiste des matériaux, directeur de l’école d’ingénieurs Georgia Tech Lorraine. La voix est calme, l’explication pointue mais vulgarisée. Cette communication marque pourtant l’aboutissement de quinze années de recherche. « Un long chemin, quinze ans d’efforts continus », ose Simon Gautier, son collègue de laboratoire, directeur de l’Institut Lafayette, la plateforme technologique qui a permis la mise en œuvre du nouveau matériau.

Six brevets déjà déposés

Dans le futur, il pourrait mettre le prépondérant silicium au rencard. Jusqu’à présent, les composants indispensables à nos capteurs, LED, lasers et autres détecteurs sont miniaturisés sur des plaques de silicium ou cristaux de type saphir. L’équipe du Pr Ougazzaden, déjà pionnier pour ses travaux sur les matériaux à base de nitrure de bore appliqués à l’ultraviolet, a mis au point ce qu’il appelle des cristaux 2D. « Le cristal est très dur et se travaille difficilement. Nous avons réussi à générer des plaques cristallines à couches ultraminces et de très haute pureté. » Une sorte de mille feuilles magique de trois nanomètres – le nanomètre est 30 000 fois plus fin que l’épaisseur d’un cheveu – sur lequel sont assemblés les composants. « Une fois l’opération terminée, le composant peut se décoller tel un film plastique et
intégrer n’importe quel support. Ce qui ouvre des portes dans tous les domaines, énergie, médecine, transport. » Ou de futures tablettes et TV, pliables et enroulables à l’envi.

L’emblématique revue Nature, il y a quelques jours, a publié les travaux de l’équipe messine après une année de validation scientifique. Georgia Tech Atlanta US a ensuite révélé l’innovation. Six brevets sont déjà déposés. « Reste à voir comment nous pouvons capitaliser cette découverte. » Chris Bishop, Américain devenu Messin de cœur, va d’ici peu fonder une start-up pour développer ce nouveau type de capteurs pour mesurer la pollution de l’air. « On peut créer d’autres start-up ou sceller des alliances avec les industriels. » Comme l’Institut Lafayette qui travaille avec une vingtaine d’entreprises sur des microfabrications en optoélectronique, LED, laser, etc.

Laurence SCHMITT

Source : Le Républicain Lorrain